La notion
Force de travailArbeitskraft
La force de travail est la capacité de travailler, que l'ouvrier vend pour un temps donné. C'est la seule marchandise dont l'usage produit plus de valeur qu'elle n'en coûte — et c'est de cet écart que naît la plus-value.
Marx est arrivé à une impasse. Le capital est de l'argent qui revient augmenté, mais l'échange de marchandises à leur valeur ne crée rien : il déplace. Pour que A—M—A′ ait un sens sans qu'aucune règle soit violée, il faudrait une marchandise dont la consommation produise de la valeur. Marx annonce qu'on la trouve sur le marché, et qu'elle porte un nom : la force de travail — non le travail, mais la capacité de travailler.
Elle n'existe comme marchandise qu'à deux conditions, et les deux sont des libertés. Son possesseur doit être libre de sa personne, donc ni esclave ni serf, pour pouvoir la vendre à temps. Et il doit être libre de tout moyen de production — sans quoi il vendrait ses produits plutôt que sa capacité. Cette double liberté n'est pas un état de nature : c'est le résultat de l'histoire que raconte l'accumulation primitive.
Sa valeur se détermine comme celle de toute marchandise : par le temps de travail nécessaire à la produire, c'est-à-dire ici à entretenir l'ouvrier et sa famille, et à le former. Marx ajoute une réserve qu'il ne fait pour aucune autre marchandise : ce minimum contient un élément historique et moral, et varie selon les pays et les époques. Ce n'est pas un seuil physiologique.
Toute la mécanique tient alors dans une asymétrie. Ce qui se paie, c'est la valeur de la force de travail ; ce qui s'utilise, c'est son usage, et rien n'oblige les deux à coïncider. Si une demi-journée suffit à reproduire ce qu'elle coûte, la seconde moitié appartient à l'acheteur, qui a pourtant payé le prix convenu. C'est une chance pour lui, écrit Marx, et nullement une injustice envers le vendeur.
Où Marx l'établit
Livre I, chapitre VI — « Achat et vente de la force de travail ».
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