La notion

CommunismeKommunismus

Le communisme des Manuscrits n'est pas un partage des biens : c'est l'abolition positive de la propriété privée, donc la réappropriation par l'homme de ses forces essentielles.

Marx commence par écarter ce qui portait ce nom autour de lui. Le communisme grossier veut généraliser la propriété privée au lieu de l'abolir : il fait de la communauté un capitaliste collectif, nivelle par le bas, et son ressort n'est pas la générosité mais l'envie — l'envie qui, ne pouvant s'élever, veut abaisser ce qu'elle ne possède pas. Marx y voit l'accomplissement de l'envie, non son dépassement.

Une seconde forme reste politique, démocratique ou despotique, et cherche l'abolition de l'État : elle est déjà plus avancée, mais elle demeure sous l'emprise de la propriété privée, qu'elle combat sans en avoir saisi la nature. Ces deux figures ont en commun de raisonner encore dans les termes de ce qu'elles veulent supprimer.

Le communisme au sens de Marx est autre chose : l'abolition positive de la propriété privée en tant qu'aliénation de soi de l'homme, donc l'appropriation réelle de l'essence humaine par l'homme et pour l'homme. Non un retour à la pauvreté simple, mais le retour de l'homme à lui-même comme être social, en conservant toute la richesse du développement antérieur. C'est un mouvement de reprise, pas de renoncement.

Reste la réserve, presque toujours omise dans les citations. Après avoir écrit que ce communisme est l'énigme résolue de l'histoire et qu'il se sait tel, Marx ajoute qu'il n'est pas le but du développement humain, ni la forme de la société humaine — mais la forme nécessaire et le principe énergique du proche avenir. Le communisme est une étape, pas une fin ; l'oublier, c'est en faire l'utopie qu'il refusait d'être.

Où Marx l'établit

Manuscrits de 1844, troisième manuscrit — « Propriété privée et communisme ».