La notion
Être génériqueGattungswesen
L'être générique est l'homme en tant qu'il se rapporte à l'espèce entière et produit librement, universellement. Le travail aliéné ravale cette vie d'espèce au rang de moyen de subsister.
Marx emprunte le terme à Feuerbach et le déplace. Est générique l'être qui se rapporte non seulement à sa propre vie individuelle, mais à l'espèce comme telle — qui peut prendre la nature entière pour objet, la traiter théoriquement comme science et pratiquement comme matière de son activité. La nature devient alors, dit Marx, le corps inorganique de l'homme.
La différence avec l'animal se joue dans la production, et Marx la détaille. L'animal produit lui aussi — un nid, une ruche — mais il produit unilatéralement, sous l'empire du besoin physique immédiat, et seulement ce dont lui ou ses petits ont besoin. L'homme produit universellement, produit encore quand il est libre du besoin, sait produire à la mesure de n'importe quelle espèce, et sait former les choses selon les lois de la beauté.
Vient alors la troisième détermination de l'aliénation, la plus lourde. Le travail aliéné renverse le rapport de la fin et du moyen : la vie d'espèce, qui devrait être ce en quoi l'homme s'affirme, devient un simple moyen de son existence individuelle. On travaille pour subsister, quand on devrait subsister pour produire librement. L'activité qui distingue l'homme lui devient extérieure.
La quatrième détermination en découle immédiatement, et Marx le note en une phrase : si l'homme est étranger à son espèce, il est étranger aux autres hommes. Chacun considère l'autre selon la mesure dans laquelle il se trouve lui-même comme ouvrier. L'aliénation n'est donc pas un état d'âme individuel : c'est un rapport social, et c'est déjà la piste que Le Capital suivra.
Où Marx l'établit
Manuscrits de 1844, premier manuscrit — « Le travail aliéné », troisième détermination de l'aliénation.
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