Planche gravée d'un catalogue anglais intitulée « Hammers » : une dizaine de marteaux de formes différentes, chacun numéroté et nommé d'après un métier (Shoe-makers, Brick, Lathing, Sadler's, Upholster's, Revitting).

Division du travailTeilung der Arbeit

Chaque marteau porte le nom du métier qu'il sert : cordonnier, briqueteur, lattier, sellier, tapissier. Une forme fixe pour un seul usage, c'est la marque de la division du travail sur l'outil. Planche « Hammers », Explanation or Key to the Various Manufactories of Sheffield, publié par Joseph Smith, Sheffield, 1816. Bibliothèque nationale de France, domaine public.

En bref

La division du travail désigne, chez Marx, deux choses qu'il faut distinguer : la répartition des métiers dans une société, reliés entre eux par l'échange, et la décomposition d'un métier en opérations confiées chacune à un ouvrier, dans un même atelier. Marx étudie la seconde au chapitre XIV du Livre I du Capital (1867), « Division du travail et manufacture ». Elle accroît la productivité, mais elle attache chaque ouvrier à un seul geste et fait de l'ensemble la propriété de celui qui l'organise.

Ce qu'il faut retenir

  1. La répartition des métiers dans une société se rencontre partout. Marx isole une autre division, propre au capitalisme : celle qui décompose un métier à l'intérieur d'un atelier.
  2. Dans la société, les producteurs sont reliés par la vente de leurs produits. Dans l'atelier, ils sont reliés par l'autorité de celui qui a acheté leur force de travail.
  3. La décomposition se lit dans les outils, qui prennent chacun une forme fixe pour un seul usage, et dans les effectifs, fixés par une proportion qui devient une loi technique.
  4. L'ouvrier gagne une adresse extrême à un seul geste et perd le reste de ses facultés. L'intelligence de l'ensemble passe du côté du capital, qui dirige la combinaison.
  5. En réduisant chaque outil à un usage unique, la manufacture prépare la machine, qui la remplacera et rendra inutile l'habileté de la main sur laquelle elle reposait.

Pour aller plus loin, l'essai se lit en 12 minutes.

Qu'est-ce que Marx ajoute à une idée aussi ancienne que le partage des tâches ?

Il distingue deux divisions du travail. La répartition des métiers dans une société se rencontre partout ; la décomposition d'un métier à l'intérieur d'un atelier appartient au capitalisme.

Rien de plus ancien que le partage des tâches. Dans la tribu, il suit l'âge et le sexe ; entre les communautés, il suit les ressources de chacune, que l'échange met ensuite en rapport. Dans les villages de l'Inde que Marx décrit, la répartition des métiers est si stable qu'elle agit, écrit-il, avec l'autorité d'une loi physique. L'économie politique, née à l'époque des manufactures, voyait dans toutes ces divisions une seule chose : un moyen de produire plus avec moins de travail.

Le chapitre XIV du Livre I du Capital sépare ce que cette vue confond. Il porte sur la division qui se fait dans un atelier, sous un seul commandement, et qui partage un métier en opérations confiées chacune à un ouvrier. Marx la date : la période manufacturière va à peu près du milieu du seizième siècle au dernier tiers du dix-huitième. Et il la situe en une phrase. La division sociale du travail appartient aux sociétés les plus diverses, tandis que la division manufacturière est une création spéciale du mode de production capitaliste.

Le gain de productivité, Marx l'accorde, et il en détaille les sources : l'ouvrier ne change plus d'outil ni de place, son geste se perfectionne à force d'être répété. Sa question porte ailleurs. À quelles conditions ce gain est-il obtenu, et que coûte-t-il à ceux qui le produisent ? La réponse tient dans la définition qu'il donne de la manufacture, quelle que soit son origine : un organisme de production dont les membres sont des hommes.

D'où vient la manufacture, et pourquoi Marx l'étudie-t-il entre la coopération et la machine ?

Elle naît par deux chemins opposés qui aboutissent à la même forme. Elle se place entre la coopération, qui réunit des ouvriers, et la grande industrie, qui fait passer leur combinaison dans un système de machines.

Marx note que la manufacture a une double origine. Tantôt un capitaliste réunit sous un même toit des artisans de métiers différents, par les mains desquels un produit doit passer. Tantôt il réunit des ouvriers d'un même métier, papetiers ou épingliers, qui faisaient chacun l'objet entier, et il découpe leur métier en opérations. Dans le premier cas, des métiers se désagrègent jusqu'à n'être plus que des opérations complémentaires dans la production d’une seule et même marchandise ; dans le second, un métier unique se décompose. Que deux mouvements inverses aboutissent au même résultat indique que cette forme s'impose d'elle-même, quel que soit le point de départ.

Un exemple : le carrosse

Un carrosse était l'ouvrage commun d'artisans indépendants : charrons, selliers, serruriers, tourneurs, vitriers, peintres, doreurs, chacun dans sa boutique. La manufacture carrossière les rassemble dans un même local. On y travaille sur plusieurs voitures à la fois, pour que le doreur ait toujours une caisse à dorer pendant que les autres avancent. Jusque-là, aucun métier n'a changé. Marx décrit ce qui arrive à la longue :

Le tailleur, le ceinturier, le serrurier, etc., qui ne sont occupés qu’à la fabrication de carrosses, perdent peu à peu l’habitude et avec elle la capacité d’exercer leur métier dans toute son étendue.

Karl Marx, Le Capital, Livre I, chapitre XIV, traduction Joseph Roy (1872)Lire dans le texte →

Le serrurier qui ne pose plus que des ferrures de voiture a cessé d'être serrurier au sens du métier. Son savoir s'est rétréci à cette spécialité et ne vaut plus qu'à l'intérieur de la carrosserie.

Le chapitre occupe une place qu'on ne peut pas déplacer. La coopération, au chapitre XIII, a montré qu'un travail réuni produit plus que la somme des travaux isolés. La manufacture donne à cette réunion une organisation, puisqu'elle décompose les métiers. Elle repose pourtant encore sur la main : chaque opération doit pouvoir s'exécuter avec un outil, par l'adresse d'un ouvrier, comme un petit métier à part. Marx en tire aussitôt la conséquence : précisément parce que l’habileté de métier reste le fondement de la manufacture, chaque ouvrier y est approprié à une fonction parcellaire pour toute sa vie. La spécialisation à vie découle d'une limite technique : tant que tout repose sur l'adresse acquise, on garde l'homme au poste où il l'a acquise. (Dans l'édition allemande et dans la traduction dirigée par Jean-Pierre Lefebvre, ce chapitre porte le numéro 12.)

En quoi la division dans l'atelier diffère-t-elle de la division dans la société ?

Par ce qui relie les travaux entre eux. Dans la société, c'est l'achat et la vente des produits ; dans l'atelier, c'est l'autorité de celui qui a acheté la force de travail de tous.

Adam Smith pensait que les deux divisions ne différaient qu'aux yeux de l'observateur : dans l'atelier, on embrasse d'un coup d'œil tous les travaux partiels, alors que dans la société ils sont dispersés sur un vaste espace. Marx répond qu'il y a entre elles une différence non pas de degré mais d’essence. Il prend une chaîne de métiers. L'éleveur produit des peaux, le tanneur en fait du cuir, le cordonnier fait du cuir des bottes. Qu'est-ce qui relie ces trois travaux ? C’est que leurs produits respectifs sont des marchandises. Chacun tient son atelier et vend ce qu'il fait, et leur rapport se noue sur le marché.

Dans la manufacture, la réponse change du tout au tout : c’est que les travailleurs parcellaires ne produisent pas de marchandises. Ce n’est que leur produit collectif qui devient marchandise. Aucun d'eux n'a quelque chose à vendre, sinon sa force de travail, et tous la vendent au même acheteur. Celui-ci possède les moyens de production, réunit les ouvriers et règle leurs rapports. La division manufacturière suppose donc que les moyens de production soient concentrés dans la main d'un capitaliste ; la division sociale suppose qu'ils soient dispersés entre beaucoup de producteurs indépendants.

Les deux divisions obéissent chacune à une règle, mais pas de la même façon. Dans l'atelier, la loi de fer de la proportionnalité soumet des nombres déterminés d’ouvriers à des fonctions déterminées : la règle est connue d'avance, l'expérience l'a trouvée et le calcul la tient. Dans la société, la proportion entre les branches de production s'établit aussi, mais après coup, comme nécessité fatale, cachée, muette, saisissable seulement dans les variations barométriques des prix du marché. Les deux régimes vont ensemble, et Marx les nomme d'une formule : l’anarchie dans la division sociale et le despotisme dans la division manufacturière du travail caractérisent la société bourgeoise.

La formule porte une pointe polémique. Les apologistes du système de fabrique approuvent qu'un ouvrier soit condamné à vie à une opération de détail et soumis sans réserve au capitaliste. Dès qu'on parle de régler socialement la production, en revanche, ils crient à l'atteinte contre la propriété et la liberté, et demandent si l'on veut faire de la société une fabrique.

Comment la division s'inscrit-elle dans l'outil, dans les effectifs et dans l'homme ?

Elle donne à chaque outil une forme fixe, elle fixe le nombre d'ouvriers à chaque poste, et elle fait de l'ouvrier l'organe d'un seul geste.

Dès qu'une opération est isolée, l'outil qui la sert n'a plus de raison de rester polyvalent. Les outils d'une même espèce perdent leur forme commune et se subdivisent en variétés, dont chacune possède une forme fixe pour un seul usage et ne prête tout le service dont elle est capable que dans la main d’un ouvrier spécial. Marx donne un chiffre : à Birmingham, on produit environ cinq cents variétés de marteaux, dont chacune ne sert qu’à un seul procès particulier de production. Le catalogue publié à Sheffield en 1816 et reproduit en tête de cette page donne d'ailleurs à chaque marteau le nom du métier qu'il sert. Un marteau qui ne donne qu'un coup ressemble à l'homme qui ne fait qu'un geste.

Les opérations, ensuite, ne prennent pas le même temps. Pour qu'elles se suivent sans attente ni encombrement, il faut, pour des opérations diverses, employer des ouvriers en proportion diverse. L'exemple de Marx est une fonderie de caractères d'imprimerie.

Un exemple : quatre fondeurs, deux casseurs, un frotteur

[…] quatre fondeurs, par exemple, pour deux casseurs et un frotteur dans une manufacture de caractères d’imprimerie ; le fondeur fond par heure deux mille caractères, tandis que le casseur en détache quatre mille et que le frotteur en polit huit mille.

Karl Marx, Le Capital, Livre I, chapitre XIV, traduction Joseph Roy (1872)Lire dans le texte →

Faisons le compte. En une heure, les quatre fondeurs coulent huit mille lettres, les deux casseurs en détachent huit mille, le frotteur en polit huit mille. Rien ne s'entasse entre deux postes, personne n'attend. Si l'atelier veut produire davantage, il ne peut pas ajouter un fondeur seul : les lettres s'accumuleraient devant les casseurs. Il doit passer à huit, quatre et deux, c'est-à-dire employer un multiple du groupe entier.

Le rapport de quatre à deux à un ne se discute pas : il est donné par les vitesses de chaque opération, et l'atelier ne marche qu'à ce rapport. Marx l'écrit : la livraison d’un quantum de produit donné dans un temps de travail donné devient une loi technique du procès de production lui-même.

Gravure d'un atelier de fonderie de caractères : au fond, des ouvriers fondent les lettres au fourneau d'où monte la fumée ; à gauche, d'autres travaillent à des établis près des fenêtres ; à droite, deux ouvrières assises à une table devant des lettres fondues.
Une fonderie de caractères au dix-huitième siècle : dans une même salle, on fond les lettres au fourneau, d'autres les travaillent aux établis et aux tables. C'est la manufacture que Marx prend pour exemple des proportions. Planche « Fonderie en caractères », Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, recueil de planches, 1763. Domaine public.

La division s'inscrit enfin dans le corps. L’ouvrier parcellaire transforme son corps tout entier en organe exclusif et automatique de la seule et même opération simple, exécutée par lui sa vie durant. Il y gagne une adresse que personne n'égale, car la manufacture produit la virtuosité du travailleur de détail. Il y perd tout le reste, et Marx le dit avec une dureté rare : elle estropie le travailleur, elle fait de lui quelque chose de monstrueux en activant le développement factice de sa dextérité de détail. On sacrifie en lui un monde de dispositions, ajoute-t-il, comme on abat un taureau dans les États de la Plata pour sa peau et son suif. Le terme de la démonstration suit : c’est l’individu lui-même qui est morcelé et métamorphosé en ressort automatique d’une opération exclusive. La vieille fable de Ménénius Agrippa, où un homme n'est plus qu'un fragment de son propre corps, se trouve réalisée à la lettre.

Que produit la manufacture, en plus de ses marchandises ?

Une hiérarchie entre les ouvriers, un savoir qui passe du côté du capital, et les conditions de la machine qui la remplacera.

Les opérations décomposées n'ont pas toutes la même difficulté, et les forces de travail qui leur correspondent n'ont donc pas la même valeur. La manufacture crée ainsi une hiérarchie des forces de travail à laquelle correspond une échelle graduée des salaires. À côté de cette échelle apparaît une séparation plus simple, entre ouvriers habiles et inhabiles. Pour les seconds, l'apprentissage disparaît ; pour les premiers, il raccourcit. Dans les deux cas la force de travail perd de sa valeur, et tout ce qui réduit le temps nécessaire à la produire agrandit d'autant le surtravail. L'échelle des salaires a l'air d'un simple fait technique, ce qui la rend difficile à contester.

Le paysan et l'artisan indépendants mettaient dans leur travail des connaissances, de l'intelligence, de la volonté. Dans la manufacture, ces facultés ne sont plus requises que pour l'ensemble de l'atelier, et l'ensemble appartient à un autre : ce que les ouvriers parcellaires perdent, se concentre en face d’eux dans le capital. Marx décrit cette scission en trois temps. Elle commence dans la coopération simple, où le capitaliste représente déjà l'unité du travailleur collectif ; elle se développe dans la manufacture qui mutile le travailleur au point de le réduire à une parcelle de lui-même ; elle s'achève dans la grande industrie, qui fait de la science une force productive indépendante du travail. L'ouvrier, dit-il encore, porte la marque de la division du travail comme au fer rouge, et cette marque le désigne comme la propriété du capital : hors de l'atelier, sa force de travail ne trouve plus à s'employer.

La manufacture, enfin, prépare ce qui la supprimera. En simplifiant les outils et en les multipliant pour des fonctions séparées, elle crée l'une des conditions matérielles des machines, qui ne sont qu'une combinaison d'instruments simples. Un outil réduit à un geste invariable est un outil qu'un mécanisme peut saisir. Elle fournit même l'atelier qui fabriquera ces machines : l'atelier de construction, l'une de ses réussites, où la lime, le foret et le tour avaient chacun leurs ouvriers. Avec la machine, il n’y eut plus nécessité technique d’approprier le travailleur pendant toute sa vie à une fonction parcellaire. La forme a été dépassée par ce qu'elle avait dû produire pour tenir.

Comment lire ce chapitre, et quels contresens éviter ?

Marx tient la manufacture pour un progrès et pour une méthode d'exploitation à la fois. La plupart des contresens viennent de ce qu'on retient un seul des deux termes.

Le bilan du chapitre est double, et Marx le veut ainsi. La division du travail sous sa forme capitaliste est une méthode particulière pour produire de la plus-value relative, c'est-à-dire pour accroître le rendement du capital aux dépens de l'ouvrier. Elle se présente donc, écrit-il, comme un progrès historique, une phase nécessaire dans la formation économique de la société, et comme un moyen civilisé et raffiné d’exploitation.

Le coût humain de la division avait été vu avant lui, et d'abord par Adam Smith. Marx cite le passage où Smith dit de l'ouvrier qui passe sa vie à quelques opérations simples : Il devient en général aussi ignorant et aussi stupide qu’il soit possible à une créature humaine de le devenir. Smith recommandait une instruction populaire obligatoire, à administrer avec prudence et, ironise Marx, à doses homéopathiques ; son traducteur français, G. Garnier, s'y opposait au nom même de la division du travail. Marx y ajoute une distinction. Un certain rabougrissement du corps et de l'esprit accompagne toute division sociale du travail ; c'est la manufacture, en attaquant l'individu à la racine de sa vie, qui fournit la première matière d'une pathologie industrielle.

La manufacture proprement dite appartient au passé, et Marx la borne lui-même dans le temps. Nous tenons pourtant la forme qu'il décrit pour vivante. Partout où le travail est découpé en opérations mesurées, où celui qui exécute ne voit pas l'ensemble, et où la combinaison appartient à celui qui l'a établie, la description du chapitre porte encore. Elle se présente aujourd'hui, comme au dix-huitième siècle, sous les traits d'une nécessité purement technique.

On lit souvent Marx condamnerait la spécialisation en elle-même et regretterait l'artisan complet d'avant la manufacture.

Ce que dit le texte Il établit le gain de productivité et parle d'un progrès historique. Il rappelle aussi que les corporations du Moyen Âge bloquaient le développement du capital, l'ouvrier et ses moyens de production y restant soudés ensemble comme l’escargot et sa coquille. Ce qu'il analyse, c'est le rapport social qui commande la division.

On lit souvent La division sociale du travail serait une manufacture à l'échelle de la société, si bien qu'organiser la production reviendrait à faire du monde une immense fabrique.

Ce que dit le texte Les deux divisions diffèrent par essence : l'une est reliée par l'échange, l'autre par l'autorité d'un acheteur de force de travail. L'accusation de vouloir changer la société en fabrique est celle que Marx retourne aux défenseurs du système de fabrique, qui ne réclament le despotisme que dans l'atelier.

On lit souvent La mutilation de l'ouvrier viendrait de la dureté de certains patrons, et une meilleure organisation de l'atelier suffirait à la corriger.

Ce que dit le texte Elle découle de la base technique de la manufacture, qui repose sur l'habileté de la main. C'est la machine qui fait tomber la nécessité d'attacher un homme à vie à un poste, et le chapitre suivant montre ce qu'elle fait à son tour de l'ouvrier, devenu l'appendice de la machine.

Vérifier sa compréhension

Pourquoi la fonderie de caractères que décrit Marx emploie-t-elle quatre fondeurs pour deux casseurs et un frotteur ?

Parce que les trois opérations n'ont pas la même vitesse : en une heure, un fondeur fond deux mille lettres, un casseur en détache quatre mille, un frotteur en polit huit mille. Avec ces effectifs, chaque poste traite huit mille lettres et personne n'attend. Pour produire davantage, il faut un multiple du groupe entier : la proportion s'impose à tous comme une loi technique.

Pourquoi l'ouvrier de manufacture ne produit-il pas de marchandise ?

Parce qu'il ne fait qu'une partie d'un produit, et qu'une partie ne se vend pas. Seul le produit de l'ensemble de l'atelier devient marchandise. Ce que l'ouvrier vend, c'est sa force de travail, au même acheteur que ses voisins, et c'est cet acheteur qui relie leurs travaux.

En quoi la manufacture prépare-t-elle la machine ?

En séparant les opérations, elle a donné à chaque outil une forme fixe pour un seul usage. Un outil qui ne fait plus qu'un geste invariable peut être saisi par un mécanisme. La machine reprend donc l'œuvre de la manufacture et rend inutile l'habileté de la main sur laquelle celle-ci reposait.

Le râtelier des marteaux, en six temps

Un panneau d'atelier couvert de rangées de marteaux presque identiques, chacun pendu à sa cheville, au-dessus d'un établi où repose une roue de voiture.
Les outils d'une même espèce perdent leur forme commune : chaque marteau ne sert plus qu'à un seul coup. La spécialisation de l'outil est la trace de celle de l'homme. D'après le texte : Livre I, chapitre XIV →

Les citations viennent du texte que ce site sert : Karl Marx, Le Capital, Livre I, chapitre XIV, traduction Joseph Roy (1872). Chacune mène au passage dans la liseuse.

Où Marx l'établit

Livre I, quatrième section, chapitre XIV : « Division du travail et manufacture » (chapitre 12 dans l'édition allemande). Le chapitre vient après la coopération, qui réunit les ouvriers, et avant le machinisme, qui fait passer leur combinaison dans un système de machines.