« Le magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales »
Quatre paragraphes où le Manifeste passe de l’éloge de la bourgeoisie à l’annonce de sa fin : les forces productives ont brisé les chaînes féodales, elles se révoltent à présent contre les rapports de propriété bourgeois, et la crise de surproduction en est le symptôme. On y lit volontiers une prophétie par analogie ; c’est d’abord la découverte d’une limite interne. Lecture suivie — situation, problème, moments, traductions —, qui n’est pas un corrigé : ce texte n’a pas été donné à l’agrégation.
L'extrait commenté, dans la traduction de Laura Lafargue
[1]Voici donc ce que nous avons vu : les moyens de production et d’échange servant de base à l’évolution bourgeoise furent créés dans le sein de la société féodale. À un certain degré du développement de ces moyens de production et d’échange, les conditions dans lesquelles la société féodale produisait et échangeait ses produits, l’organisation féodale de l’industrie et de la manufacture, en un mot, les rapports de la propriété féodale, cessèrent de correspondre aux nouvelles forces productives. Ils entravaient la production au lieu de la développer. Ils se transformèrent en autant de chaînes. Il fallait briser ces chaînes. On les brisa. À la place s’éleva la libre concurrence, avec une constitution sociale et politique correspondante, avec la domination économique et politique de la classe bourgeoise.
[2]Sous nos yeux il se produit un phénomène analogue. La société bourgeoise moderne, qui a mis en mouvement de si puissants moyens de production et d’échange ressemble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées. Depuis trente ans au moins, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est que l’histoire de la révolte des forces productives contre les rapports de propriété qui sont les conditions d’existence de la Bourgeoisie et de son règne. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, mettent de plus en plus en question l’existence de la société bourgeoise. [3]Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives elles-mêmes. Une épidémie, qui, à toute autre époque, eût semblé un paradoxe, s’abat sur la société, — l’épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement rejetée dans un état de barbarie momentanée ; on dirait qu’une famine, qu’une guerre d’extermination lui coupent tous les moyens de subsistance ; l’industrie et le commerce semblent annihilés. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le développement des conditions de la propriété bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ces conditions qui se tournent en entraves ; et toutes les fois que les forces productives sociales s’affranchissent de ces entraves, elles précipitent dans le désordre la société tout entière et menacent l’existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein.
Comment la Bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’une part, par la destruction forcée d’une masse de forces productives ; d’autre part, par la conquête de nouveaux marchés, et l’exploitation plus parfaite des anciens. C’est-à-dire qu’elle prépare des crises plus générales et plus formidables et diminue les moyens de les prévenir.
Les armes dont la Bourgeoisie s’est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd’hui contre la bourgeoisie elle-même.
Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), partie I — traduction Laura Lafargue (1897)Lire le passage dans le texte →
Partie I, « Bourgeois et prolétaires », les quatre paragraphes qui suivent l'éloge des forces productives et précèdent l'entrée du prolétariat. Les chiffres entre crochets marquent le découpage en trois moments que nous proposons.
Où l'extrait se trouve, et pourquoi il vient là
L'extrait est le pivot de la première partie du Manifeste, et il faut mesurer ce qui le précède pour comprendre ce qu'il retourne. Depuis sa première phrase, le texte raconte l'histoire de la bourgeoisie, et il la raconte sous la forme d'un éloge : elle a joué un rôle révolutionnaire, créé le marché mondial, soumis la campagne à la ville, et produit en moins d'un siècle plus de forces productives que toutes les générations passées. Le paragraphe qui précède immédiatement l'extrait culmine sur une question admirative : quel siècle antérieur a soupçonné que de pareilles forces productives dormaient dans le travail social
?
C'est à ce sommet que le texte se retourne, et il le fait sans changer de matière. Les forces productives qui fondaient l'éloge vont fonder la condamnation ; l'extrait commence par un bilan, « voici donc ce que nous avons vu », et il se termine sur une phrase qui annonce la suite, puisque les armes qui ont abattu la féodalité se retournent à présent contre la bourgeoisie. Les lignes qui suivent immédiatement l'extrait nomment ceux qui les manieront : la bourgeoisie a produit aussi les hommes qui manieront ces armes
, et le texte passe au prolétariat.
La date importe à l'intelligence du passage. Le texte parle d'une histoire de l'industrie et du commerce qui n'est plus, depuis trente ans au moins
, que celle de la révolte des forces productives : lorsque Marx et Engels écrivent, à la fin de 1847, l'Angleterre a traversé les crises commerciales de 1825 et de 1836, et elle est au cœur de celle de 1847. La crise n'est pas pour eux une hypothèse théorique, c'est un fait récent et périodique, dont l'économie politique de leur temps ne donne pas de raison.
La difficulté propre de l'extrait
Le passage est souvent lu comme une prophétie : la féodalité a été renversée parce que ses rapports entravaient la production, la bourgeoisie le sera donc pour la même raison. Lue ainsi, l'argumentation est faible, puisqu'une analogie ne prouve rien ; et le problème se dédouble.
Que vaut l'analogie entre les chaînes féodales et les rapports bourgeois, sur laquelle le texte semble fonder l'annonce de la fin de la bourgeoisie ?
La question de la preuve. Si la conclusion reposait sur l'analogie, elle serait arbitraire.
Comment une société peut-elle être ruinée par l'abondance, c'est-à-dire avoir « trop » de ce dont elle manque par ailleurs ?
La question du paradoxe. Elle interdit de lire la crise comme une disette, et oblige à dire par rapport à quoi il y a trop.
Toute la difficulté est là : l'analogie ne prouve pas, et pourtant le texte ne s'en sert pas comme d'une preuve. Nous proposons de lire l'extrait comme la démonstration de ceci :
le précédent féodal ne fournit pas l'argument mais le concept — une contradiction entre des forces productives et les rapports de propriété dans lesquels elles se développent —, et c'est la crise de surproduction, fait périodique et observable, qui montre que cette contradiction travaille la société bourgeoise, parce qu'elle fait voir une limite qui n'est pas celle de la nature mais celle de la propriété.
Le mouvement du texte s'en déduit en trois temps :
- le texte dégage d'abord, du passage de la féodalité à la bourgeoisie, un schéma : des forces productives nées dans une société cessent de correspondre à ses rapports de propriété, qui deviennent des chaînes ;
- il pose ensuite qu'un mouvement analogue se produit sous nos yeux, et en donne l'image — le magicien — et le symptôme — les crises périodiques ;
- il explique enfin le paradoxe de la surproduction, montre que les remèdes de la bourgeoisie préparent des crises plus graves, et referme l'analogie sur les armes qui se retournent.
Premier moment : le schéma, tiré du précédent féodal
Revoir ce moment dans l’extrait
Le paragraphe n'ajoute aucun fait au récit qui précède ; il en dégage une structure, et c'est ce qui en fait le moment théorique du passage. Deux termes sont distingués et mis en rapport. D'un côté, les moyens de production et d'échange servant de base à l'évolution bourgeoise
, dont le texte précise qu'ils ont été créés dans le sein de la société féodale ; de l'autre, les conditions dans lesquelles cette société produisait et échangeait, que le texte condense en une expression : en un mot, les rapports de la propriété féodale
.
Le verbe qui relie ces deux termes porte tout le concept. Les rapports féodaux cessèrent de correspondre aux nouvelles forces productives
. La correspondance n'est pas une identité ni une causalité à sens unique : les rapports de propriété ont d'abord permis le développement de ces forces, puisque c'est dans le sein de la société féodale qu'elles sont nées, et c'est seulement « à un certain degré du développement » qu'ils cessent de le permettre. Le texte en donne la gradation en trois phrases brèves : ils entravaient la production au lieu de la développer ; ils se transformèrent en autant de chaînes
; il fallait les briser. On passe de l'obstacle à la chaîne, et de la chaîne à la nécessité de la rompre.
Deux traits de la fin du paragraphe méritent d'être relevés. Le sujet de la rupture est impersonnel : on les brisa
. Le texte ne nomme ni la bourgeoisie ni la Révolution, et cette réserve n'est pas une négligence : dans le schéma, ce qui brise les chaînes est le mouvement même par lequel les forces productives débordent les rapports, dont les classes sont les agents. Le second trait est l'ordre de ce qui remplace l'ancien régime : la libre concurrence d'abord, puis une constitution sociale et politique correspondante
, puis la domination de la classe bourgeoise. Le politique suit l'économique et lui « correspond », par le même mot que plus haut. On reconnaît ici, dix ans avant sa formulation canonique, le schéma que la préface à la Contribution à la critique de l'économie politique exposera en 1859 : à un certain degré de leur développement, les forces productives entrent en contradiction avec les rapports de production existants, qui de formes de développement se changent en entraves.
Deuxième moment : sous nos yeux, le magicien
Revoir ce moment dans l’extrait
Le deuxième paragraphe s'ouvre sur la transposition : sous nos yeux il se produit un phénomène analogue
. Le mot « analogue » dit exactement ce qui est transposé et ce qui ne l'est pas. Ce n'est pas l'issue, puisque rien n'est dit encore de la chute de la bourgeoisie ; c'est la structure, c'est-à-dire le rapport entre des forces productives et des rapports de propriété. La société bourgeoise est alors désignée d'une image qui a fait la fortune du passage : elle ressemble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées
.
L'image demande à être lue de près, parce qu'elle corrige sa source. L'allemand dit Hexenmeister, et le mot renvoie tout lecteur allemand à la ballade de Goethe, L'Apprenti sorcier : l'apprenti, en l'absence du vieux maître, déchaîne des forces qu'il ne sait plus arrêter, et c'est le maître, revenu, qui y met fin d'un mot. Le Manifeste déplace la figure : ce n'est pas un apprenti imprudent qui a perdu le contrôle, c'est le maître lui-même. Il n'y a personne au-dessus de la bourgeoisie pour rappeler les puissances qu'elle a évoquées, et c'est pourquoi la situation n'est pas un accident réparable mais une impuissance de principe.
L'image est aussitôt traduite en concept. L'histoire de l'industrie et du commerce n'est que l'histoire de la révolte des forces productives contre les rapports de propriété qui sont les conditions d'existence de la Bourgeoisie et de son règne
. On retrouve les deux termes du premier moment, et une précision décisive : ces rapports ne sont pas un cadre extérieur à la bourgeoisie, ils sont ses conditions d'existence. Le signe de la révolte est donné dans la phrase suivante, et c'est un fait d'observation, non une déduction : les crises commerciales, par leur retour périodique
, mettent en question l'existence de la société bourgeoise. Le texte passe ainsi de l'analogie à l'indice : ce qui atteste que le schéma s'applique, ce n'est pas la ressemblance avec la féodalité, c'est la crise.
Troisième moment : trop, et les armes qui se retournent
Revoir ce moment dans l’extrait
Le paradoxe de la crise est d'abord posé comme tel. Chaque crise détruit non seulement des produits, mais une partie des forces productives elles-mêmes, et le texte souligne ce que le phénomène a d'inouï : une épidémie, qui, à toute autre époque, eût semblé un paradoxe, s'abat sur la société
, celle de la surproduction. La société se trouve rejetée dans une barbarie momentanée, comme si une famine ou une guerre d'extermination l'avait privée de ses moyens de subsistance. Les effets sont ceux de la pénurie ; la cause est l'inverse.
La réponse à la question que le texte se pose — « et pourquoi ? » — résout le paradoxe en déplaçant le point de référence, et c'est là que le second terme du schéma devient indispensable. La société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop de commerce
: trop, non par rapport aux besoins, qui ne sont pas satisfaits, mais par rapport aux conditions de la propriété bourgeoise. Les forces productives sont devenues trop puissantes pour ces conditions qui se tournent en entraves
, et la phrase de conclusion donne à la limite sa formulation exacte : le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. La limite n'est pas dans la nature ni dans la technique ; elle est dans la forme de propriété. On comprend alors que le premier moment n'était pas une preuve par analogie, mais la construction du concept qui permet de lire la crise.
Le troisième paragraphe tire la conséquence dynamique, et il le fait par une question et une réponse. La bourgeoisie surmonte les crises de deux manières : par la destruction forcée d'une masse de forces productives
, et par la conquête de nouveaux marchés et l'exploitation plus parfaite des anciens. Or chacun de ces remèdes aggrave le mal : elle prépare des crises plus générales et plus formidables et diminue les moyens de les prévenir
. Le texte n'annonce donc pas un effondrement unique et prochain, mais une série qui s'aggrave.
La dernière phrase referme l'analogie ouverte au premier moment. Les armes dont la Bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même
. Les armes, ce sont les forces productives : celles qui ont brisé les chaînes féodales travaillent à présent contre les rapports bourgeois. La métaphore militaire prépare le déplacement vers les hommes qui manieront ces armes, et l'extrait laisse ainsi en suspens la question qu'il rend nécessaire : une contradiction entre des forces et des rapports ne se résout pas d'elle-même, il lui faut une classe.
Lafargue et l'allemand : ce qui change d'une langue à l'autre
Ce site sert la traduction de Laura Lafargue, publiée en 1897 à la suite des Essais de Labriola. Sur ce passage, elle déplace plusieurs traits de l'original, et deux d'entre eux engagent l'interprétation. Nous les rapportons au texte allemand que donne Wikisource (l'édition dite de 1850/51, longtemps tenue pour une impression londonienne de 1848), sans prétendre dire comment d'autres traductions les rendent.
| Le point | Lafargue (1897) | Allemand |
|---|---|---|
| Le bilan« aber » marque une restriction : l'éloge qui précède n'est pas tout ; « donc » en fait une conclusion. | Voici donc ce que nous avons vu | Wir haben aber gesehen |
| L'agricultureL'allemand nomme l'organisation féodale de l'agriculture ; Lafargue écrit « de l'industrie », et perd la base du monde féodal. | l’organisation féodale de l’industrie et de la manufacture | die feudale Organisation der Agrikultur und Manufaktur |
| Les forcesDes forces « déjà développées » : c'est leur degré, non leur nouveauté, qui rompt la correspondance. | aux nouvelles forces productives | den schon entwickelten Produktivkräften |
| La rupture« Sprengen » : faire sauter, faire éclater — une rupture par la force de ce qui est contenu. | Il fallait briser ces chaînes. On les brisa. | Sie mußten gesprengt werden, sie wurden gesprengt. |
| Le magicienLe Hexenmeister de la ballade de Goethe, et des puissances « souterraines » plutôt qu'infernales. | au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales | dem Hexenmeister, der die unterirdischen Gewalten nicht mehr zu beherrschen vermag |
| Contre quoiL'écart le plus lourd : l'allemand nomme d'abord les rapports de PRODUCTION, que Lafargue omet. | la révolte des forces productives contre les rapports de propriété | der Empörung der modernen Produktivkräfte gegen die modernen Produktions-Verhältnisse, gegen die Eigenthums-Verhältnisse |
| Le systèmeL'allemand dit « les rapports », là où Lafargue écrit « le système ». | Le système bourgeois est devenu trop étroit | Die bürgerlichen Verhältnisse sind zu eng geworden |
Le sixième écart mérite d'être exploité plutôt que corrigé. L'original met en regard deux expressions, « rapports de production » puis « rapports de propriété », la seconde précisant la première : la propriété est l'expression juridique des rapports dans lesquels on produit. La traduction française ne garde que la seconde, et le passage y gagne une apparente simplicité qu'il faut défaire au commentaire ; le concept de rapports de production, qui deviendra central dans l'œuvre de Marx, est bien dans le texte de 1848, même si le lecteur français ne l'y trouve pas.
Les contresens que l'extrait appelle
Ce passage n'a pas été donné à l'agrégation : ce qui suit n'est pas tiré d'un rapport du jury, mais de la lecture que nous proposons, et on le confrontera aux exigences générales que les rapports rappellent et que la page de l'agrégation 2027 rassemble.
Lire une prophétie par analogie
Le texte ne conclut pas de la chute de la féodalité à celle de la bourgeoisie. Il tire du précédent un concept, et c'est la crise, fait observable, qui montre que ce concept s'applique. Réduire le passage à un raisonnement par ressemblance, c'est lui prêter une faiblesse qu'il a précisément évitée.
Annoncer un effondrement automatique
La bourgeoisie surmonte les crises, et le texte le dit ; ce qu'il annonce est une aggravation, non une chute mécanique. La question des hommes qui manieront les armes, posée juste après, interdit de lire la contradiction comme se résolvant d'elle-même.
Faire des forces productives de simples machines
Le texte a situé les forces productives « dans le travail social », et il les pense toujours en rapport avec des rapports de propriété. Y lire un déterminisme technologique, où les techniques feraient l'histoire, c'est supprimer le second terme sans lequel il n'y a pas de contradiction.
Lire la crise comme une pénurie
Les effets de la crise ressemblent à ceux d'une famine, et le texte le souligne pour mieux inverser la cause. La crise n'est pas un manque de richesses, mais un excès par rapport aux conditions de la propriété ; manquer ce renversement, c'est manquer le paradoxe qui fait le centre de l'extrait.
Prendre le magicien pour un ornement
L'image corrige sa source : c'est le maître, non l'apprenti, qui ne domine plus les puissances qu'il a évoquées. Ne pas commenter ce déplacement, c'est manquer la thèse du deuxième moment, qui fait de la crise une impuissance de principe et non un accident.
Ce que l'extrait engage, et jusqu'où le prolonger
Rattacher l'extrait au projet du texte, c'est montrer que la critique de la société bourgeoise ne consiste pas à lui opposer un idéal, mais à faire voir en elle une contradiction qu'elle produit elle-même et qu'elle ne peut pas résoudre dans ses propres formes. Le Manifeste ne condamne pas la puissance que la bourgeoisie a créée ; il montre qu'elle déborde le cadre de la propriété qui l'a fait naître.
Sans quitter le texte
- La suite immédiate nomme les porteurs des armes : c'est la page du prolétariat, qui passe de la contradiction à la classe.
- La deuxième partie dit ce qu'il faut abolir pour lever l'entrave : non la propriété en général, mais la propriété bourgeoise.
- La page de la bourgeoisie reprend l'éloge qui précède l'extrait, sans lequel le retournement serait incompréhensible.
Au-delà, et en conclusion
- La préface de 1859 à la Contribution à la critique de l'économie politique formule le schéma du premier moment en termes généraux : le rapprochement éclaire le texte de 1848, mais il vient mieux en conclusion, pour ne pas lire le Manifeste à travers un texte postérieur.
- Le Capital ne reprend pas la crise de surproduction sous cette forme ; il en cherche le mécanisme dans l'accumulation elle-même, du côté de l'armée de réserve et de la loi tendancielle. On mesure alors ce que le texte de 1848 annonce et ce qu'il ne démontre pas encore.
- Engels, dans l'Anti-Dühring, redira la contradiction comme celle d'une production devenue sociale et d'une appropriation restée privée ; la formule est commode, mais elle appartient à un autre texte et ne peut venir qu'en ouverture.
L’extrait et les citations sont relevés dans le texte que ce site sert — Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), partie I — traduction Laura Lafargue (1897) — et chacun mène au passage dans la liseuse.