Coupe d'un immeuble parisien en 1845, étage par étage : au rez-de-chaussée la loge du concierge et la cuisine, au premier un salon cossu, au deuxième une famille bourgeoise, plus haut des chambres modestes, et sous les toits des mansardes pauvres.

Lutte des classesKlassenkampf

Un immeuble de Paris en coupe : chaque étage est un rang, du salon du premier aux mansardes sous le toit. C'est l'échelle graduée que décrit le Manifeste, et sous laquelle il cherche une opposition. Bertall et Lavielle, « Cinq étages du monde parisien », Le Diable à Paris, Hetzel, 1845. Domaine public.

En bref

La lutte des classes désigne, chez Marx et Engels, l'opposition entre une classe qui possède les moyens de production et une classe qui en est privée et travaille pour la première. Le Manifeste du parti communiste (1848) en fait le moteur de l'histoire. Une classe s'y définit par son rapport à une autre classe, dont elle ne peut être séparée. La notion est difficile parce que le même texte décrit les sociétés comme une échelle de rangs et cherche dessous une opposition.

Ce qu'il faut retenir

  1. La première phrase du Manifeste affirme que l'histoire des sociétés divisées est faite de luttes de classes. Le paragraphe suivant décrit pourtant ces sociétés comme une échelle de rangs.
  2. Un rang est une place sur une échelle. Une classe se définit par son rapport à une autre classe, dont elle est inséparable : seigneur et serf, bourgeois et prolétaire.
  3. Selon le Manifeste, l'époque bourgeoise simplifie l'antagonisme : les couches intermédiaires tombent, et la société tend à se diviser en deux camps, la bourgeoisie et le prolétariat.
  4. Des révoltes isolées deviennent une lutte de classe quand elles se relient et visent les conditions communes que garantit l'État. Toute lutte de classe est donc politique.
  5. Le prolétariat, la couche la plus basse, ne peut se libérer sans abolir toute appropriation de classe. Sa victoire mettrait fin aux classes au lieu d'installer une domination de plus.

Pour aller plus loin, l'essai se lit en 13 minutes.

Que dit la première phrase du Manifeste ?

Elle dit que toute société divisée repose sur une opposition entre ceux qui dominent et ceux qui sont dominés, et que cette opposition fait l'histoire. Le paragraphe suivant décrit pourtant les sociétés passées comme une échelle de rangs : c'est sous cette échelle que l'opposition se trouve.

Peu de phrases de Marx et d'Engels sont plus citées que celle qui ouvre la première partie du Manifeste du parti communiste :

L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes.

Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), traduction Laura Lafargue (1897)Lire dans le texte →

Elle est devenue un slogan, et le slogan a recouvert la phrase. On croit y entendre que l'histoire humaine se réduit à un seul conflit, toujours le même, entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas. Le texte procède autrement. Il commence par énumérer des couples, qui changent de nom d'une époque à l'autre :

Hommes libres et esclaves, patriciens et plébéiens, barons et serfs, maîtres de jurandes et compagnons, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée […]

Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), traduction Laura Lafargue (1897)Lire dans le texte →

Aussitôt après, il décrit les mêmes sociétés tout autrement. On y trouve une division hiérarchique de la société, une échelle graduée de positions sociales : à Rome des patriciens, des chevaliers, des plébéiens et des esclaves, au Moyen Âge des seigneurs, des vassaux, des maîtres, des compagnons et des serfs, et dans chacune de ces classes, des gradations spéciales. Les sociétés anciennes étaient donc étagées. C'est sous cet étagement que le texte fait apparaître une opposition. Pour comprendre la notion, il faut tenir ensemble les deux descriptions, l'échelle et l'antagonisme, et c'est de leur écart qu'on partira.

Engels a lui-même restreint la portée de la phrase. Dans une note ajoutée à l'édition anglaise de 1888, il précise qu'il faut entendre toute l'histoire écrite : en 1847, on ne savait presque rien de la préhistoire, et les travaux parus depuis sur la propriété commune du sol et sur l'organisation de la gens ont montré que la division en classes a eu un commencement. La thèse y gagne en exactitude. La lutte des classes est un fait d'histoire, et ce qui a commencé peut finir.

Pourquoi le Manifeste ne définit-il pas la lutte des classes ?

Parce qu'il s'en sert comme d'une méthode. La notion vient en tête comme une grille de lecture, et tout le reste du texte l'applique à la société moderne.

Le Manifeste est un programme, rédigé par Marx et Engels pour la Ligue des communistes à la fin de 1847 et publié à Londres en février 1848. On n'y trouve aucune définition de la classe ni de la lutte des classes. La première phrase sert de méthode : si l'histoire est faite de luttes de classes, la société bourgeoise en est un moment et non le terme, la bourgeoisie se juge à ce qu'elle a fait dans cette histoire, et le prolétariat apparaît comme la classe que ce moment a produite. L'ordre de la première partie, « Bourgeois et prolétaires », découle de là, comme le montre le cheminement du Manifeste.

Marx a pris soin de dire où se trouvait sa contribution. Dans une lettre à Joseph Weydemeyer du 5 mars 1852, il écrit en substance que le mérite d'avoir découvert l'existence des classes et leur lutte ne lui revient pas : des historiens bourgeois en avaient décrit le développement bien avant lui (on pense aux historiens français de la Restauration, comme Augustin Thierry ou Guizot). Ce qu'il revendique tient en deux points : avoir lié l'existence des classes à des phases déterminées du développement de la production, et soutenu que cette lutte mène à une transition vers une société sans classes. Le concept marxien ajoute donc au constat du conflit son inscription dans l'histoire de la production.

Un détail de traduction touche au sens. L'allemand dit Klassenkämpfe, au pluriel : des luttes de classes. Laura Lafargue respecte ce pluriel dans la première phrase, puis écrit plus loin, au singulier et avec l'article, au moment où la lutte des classes approche de l’heure décisive. Elle suit ainsi le mouvement du texte, qui part de luttes multiples et locales pour montrer comment elles deviennent une seule lutte. Le pluriel de la première phrase annonce ce que la suite va démontrer.

Qu'est-ce qui distingue une classe d'un rang ?

Un rang est une place sur une échelle ; une classe se définit par son rapport à une autre classe, dont elle ne peut être séparée. L'époque bourgeoise, selon le Manifeste, fait passer la société de l'échelle à l'antagonisme.

Une échelle se décrit : des positions plus ou moins élevées, un continu de gradations où chacun se trouve au-dessus de quelqu'un et au-dessous d'un autre. Un antagonisme, lui, s'explique : c'est un rapport où la condition de l'un fait la condition de l'autre, de sorte qu'on ne peut penser l'un sans l'autre. Le seigneur n'est seigneur que par le serf qui lui doit la corvée. La société moderne n'a pas supprimé cet antagonisme. Elle n’a fait que substituer aux anciennes, de nouvelles classes, de nouvelles conditions d’oppression, de nouvelles formes de lutte. Sa nouveauté est ailleurs :

Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l’ère de la Bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps opposés, en deux classes ennemies : la Bourgeoisie et le Prolétariat.

Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), traduction Laura Lafargue (1897)Lire dans le texte →

Deux mots empêchent de lire cette phrase comme une photographie. « Simplifié » désigne un résultat : les gradations se résorbent à mesure que la société se polarise. « De plus en plus » désigne une tendance, et le texte ne prétend pas recenser la population. Les couches intermédiaires tombent l'une après l'autre. Les petits industriels, les marchands, les artisans, les paysans propriétaires succombent dans la concurrence avec les grands capitaux, si bien que le Prolétariat se recrute dans toutes les classes de la population.

Ce qui fait une classe, dès lors, est son rapport aux moyens de production, c'est-à-dire aux machines, aux bâtiments, aux matières sans lesquels on ne peut pas travailler. Le revenu et le prestige restent des places sur l'échelle. La bourgeoisie possède les moyens de production. Le prolétariat est la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail, et qui n’en trouvent plus dès que leur travail cesse d’agrandir le capital. On reconnaît en germe ce que Le Capital établira sous les noms de force de travail et d'armée de réserve. L'échelle, d'ailleurs, ne disparaît pas : elle se reforme à l'intérieur de la fabrique, où les ouvriers sont placés sous une hiérarchie complète d’officiers et de sous-officiers. Elle a cessé de dire ce qu'est la société ; elle organise le travail d'une des deux classes au service de l'autre.

Comment des luttes deviennent-elles une lutte de classe ?

Par étapes, que le développement de l'industrie rend possibles : des révoltes isolées et locales se relient entre elles et prennent un objet commun, qui est politique. Cette unité n'est jamais acquise une fois pour toutes.

Qu'une classe existe ne suffit pas pour qu'elle lutte comme classe, et c'est le point que le texte développe avec le plus de soin. D’abord la lutte est engagée par des ouvriers isolés, ensuite par ceux d'une même fabrique, enfin par ceux d'un même métier dans une localité. À ce stade, elle se trompe d'adversaire. Les ouvriers s'en prennent aux instruments de production, brisent les machines, brûlent les fabriques, comme si l'ennemi était la machine. Le prolétariat forme alors une masse incohérente, disséminée sur tout le pays, et désunie par la concurrence, et quand il agit en masse, c'est encore pour les fins d'une autre classe.

Le changement vient de l'industrie elle-même. Elle rassemble les ouvriers, rend leurs conditions semblables à mesure que la machine efface les différences de métier, et rend leur situation plus précaire. C'est ainsi que les prolétaires augmentent en force et prennent conscience de leur force. Les moyens de communication font le reste, et ce que les bourgeois du Moyen Âge avaient mis des siècles à établir par leurs chemins vicinaux, les prolétaires l'établissent en quelques années par les chemins de fer :

Or, il suffit de cette mise en contact pour transformer les nombreuses luttes locales qui partout revêtent le même caractère en une lutte nationale, en une lutte de classe. Mais toute lutte de classe est une lutte politique.

Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), traduction Laura Lafargue (1897)Lire dans le texte →

Un exemple

Prenons une grève dans une filature pour obtenir une augmentation de salaire. Tant qu'elle reste dans cette filature, elle oppose un patron à ses ouvriers : c'est une affaire privée, que le patron règle en cédant, en tenant bon ou en embauchant ailleurs. Marx et Engels donnent l'exemple inverse. En profitant des divisions entre bourgeois, l'organisation ouvrière a obtenu la loi de dix heures de travail en Angleterre.

Cette loi concerne toutes les fabriques du pays à la fois, et elle passe par l'État, qui en garantit l'application. La revendication porte désormais sur une condition commune à toute une classe, et elle s'adresse au pouvoir qui fixe cette condition. C'est en ce sens que toute lutte de classe est politique : elle vise les règles générales qui s'imposent à tous les patrons. Le Capital fera l'histoire de cette loi à propos de la journée de travail et de la législation de fabrique.

Le Manifeste connaît un mouvement de ce genre, qu'il compte parmi les partis ouvriers déjà constitués : sa dernière partie annonce leur position vis-à-vis des Chartistes en Angleterre. Le chartisme réclamait le suffrage pour les ouvriers, c'est-à-dire une part du pouvoir politique. Le 10 avril 1848, quelques semaines après la parution du Manifeste, il rassemblait une foule immense à Kennington Common, au sud de Londres.

Une foule immense, en chapeaux, rassemblée sur un terrain découvert autour d'une estrade et de drapeaux ; au fond, des bâtiments bas et une haute cheminée d'usine.
Le meeting chartiste de Kennington Common, à Londres, le 10 avril 1848 : des luttes locales devenues un mouvement national, qui réclame le suffrage, donc une part du pouvoir politique. William Edward Kilburn, daguerréotype, 10 avril 1848. Royal Collection, Londres (acquis par le prince Albert en 1848). Domaine public.

Cette unité reste fragile. L'organisation du prolétariat en classe, et par suite en parti, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. La même industrie qui rassemble les ouvriers les met en concurrence pour les places, et la classe n'existe comme classe en lutte qu'en se refaisant contre ce qui la défait. Le texte ajoute : mais elle renaît toujours. On peut lire la phrase comme le constat d'une tendance plutôt que comme une promesse.

Pourquoi la victoire du prolétariat ne serait-elle pas une relève de plus ?

Parce que le prolétariat ne possède rien qu'il pourrait imposer au reste de la société. Pour s'emparer des moyens de production, il doit abolir toute appropriation de classe, et donc les classes elles-mêmes.

On pourrait croire que la victoire du prolétariat remplacerait une classe dominante par une autre, comme la bourgeoisie a remplacé la noblesse. Le Manifeste soutient le contraire. Toutes les classes qui ont conquis le pouvoir ont soumis la société à leur propre manière de s'approprier les produits du travail. La situation des prolétaires est différente : les Prolétaires ne peuvent s’emparer des forces productives sociales qu’en abolissant leur propre mode d’appropriation, et avec lui tous ceux qui ont eu cours jusqu'ici. D'où la phrase qui donne à la scène de cette page sa figure :

Tous les mouvements historiques ont été, jusqu’ici, des mouvements de minorités au profit de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité. Le Prolétariat, la dernière couche de la société actuelle, ne peut se redresser sans faire sauter toutes les couches superposées qui constituent la société officielle.

Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), traduction Laura Lafargue (1897)Lire dans le texte →

L'image rejoint l'échelle du début. Une couche placée tout en bas ne peut se lever sans soulever toutes celles qui pèsent sur elle, et son émancipation ne peut pas être celle d'une classe parmi d'autres. La notion s'étend alors à ce que la société présente comme au-dessus des classes. L'État d'abord : le gouvernement moderne n’est qu’un comité administratif des affaires de la classe bourgeoise, et plus généralement le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre (voir la page sur le pouvoir politique). Les idées ensuite : les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante.

La fin de la deuxième partie en tire la conséquence. Le texte envisage une étape où le prolétariat devient classe dominante. Mais une domination qui abolit les conditions mêmes de l'antagonisme abolit du même coup sa propre domination de classe, et le pouvoir public perd alors son caractère politique. À la place de la société bourgeoise vient une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement pour tous. Lafargue écrit « pour tous » là où l'on cite d'ordinaire « de tous ». La préposition fait de la liberté de tous le but vers lequel tend celle de chacun, plutôt que leur simple somme, et la nuance compte pour comprendre ce que le texte appelle communisme.

Comment lire la notion, et quels contresens éviter ?

La notion explique ce qui oppose les hommes, et Marx ne l'a jamais figée en classement. Trois contresens courants se corrigent en relisant le texte même qui les a fait naître.

Marx n'a jamais donné de définition achevée de la classe. Le chapitre du troisième livre du Capital qui devait s'intituler « Les classes » s'interrompt au bout d'une page, sur la question de savoir ce qui fait une classe. Nous tenons que cette interruption a un sens : la notion est relationnelle, et une classe ne se définit que par l'autre classe à laquelle elle s'oppose. Le Manifeste pose cet antagonisme, mais il ne dit pas encore pourquoi il naît d'un échange qui paraît égal, celui du possesseur d'argent et du vendeur de sa force de travail. Ce sera le travail du Capital, qui ira chercher l'antagonisme dans le procès de production, sous le nom de plus-value, et en montrera l'origine dans l'accumulation primitive.

On lit souvent La lutte des classes exprimerait le ressentiment des pauvres contre les riches, une haine que la théorie viendrait justifier.

Ce que dit le texte La première partie du Manifeste fait l'éloge de la classe qu'elle combat : la bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle essentiellement révolutionnaire. Elle lui doit le développement des forces productives. Les classes y sont définies par leur position et leurs conditions d'existence, et les intentions des individus n'y entrent pas.

On lit souvent Le Manifeste décrirait une société à deux classes, et l'existence durable des classes moyennes suffirait à le réfuter.

Ce que dit le texte Il connaît ces couches et leur consacre des paragraphes : la petite bourgeoisie, les artisans, les paysans, jusqu'à cette voyoucratie des grandes villes que la réaction peut acheter. Les deux camps désignent une tendance et un principe d'explication. Ils ne prétendent pas décrire la population à une date donnée.

On lit souvent L'issue de la lutte serait écrite d'avance, et la théorie annoncerait la victoire des opprimés comme une prédiction.

Ce que dit le texte La première partie se termine bien sur l'idée que la chute de la bourgeoisie et la victoire du Prolétariat sont également inévitables. Mais dès sa deuxième phrase, le texte a posé une autre issue : la guerre des classes finissait toujours par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, ou par la destruction des deux classes en lutte. L'« inévitable » de 1848 appartient à un programme qui s'adresse à une classe pour qu'elle agisse.

Vérifier sa compréhension

Pourquoi une grève dans une seule filature n'est-elle pas encore, pour le Manifeste, une lutte de classe ?

Parce qu'elle oppose un patron à ses ouvriers et se règle entre eux. Elle le devient quand des luttes locales se relient et portent sur une condition commune à toute la classe, comme la durée légale du travail. La revendication s'adresse alors à l'État, et c'est pourquoi le texte dit que toute lutte de classe est politique.

Quelle différence le Manifeste fait-il entre une échelle de positions sociales et un antagonisme de classes ?

L'échelle range les gens par degrés, du plus haut au plus bas, et chacun y a des voisins au-dessus et au-dessous. L'antagonisme est un rapport où la condition de l'un fait celle de l'autre. L'époque bourgeoise, selon le texte, fait tomber les degrés intermédiaires et laisse paraître l'antagonisme sous la forme de deux camps.

Pourquoi la victoire du prolétariat ne serait-elle pas le remplacement d'une classe dominante par une autre ?

Parce que les prolétaires ne possèdent rien qu'ils pourraient imposer comme mode d'appropriation au reste de la société. Pour s'emparer des moyens de production, ils doivent abolir toute appropriation de classe. Leur domination supprimerait les conditions de l'antagonisme, et donc les classes elles-mêmes.

Les couches superposées, en six temps

Une stèle de strates de pierre en coupe, étagées de la plus étroite en haut à la plus large en bas ; plus loin, un bloc supérieur posé sur une assise d'où monte une fissure rougeoyante, puis les pierres retombées côte à côte au même niveau.
Le haut s'est refermé en un seul bloc, et les strates du milieu sont tombées au pied : l'époque bourgeoise simplifie l'antagonisme des classes en deux vastes camps opposés. D'après le texte : Manifeste, partie I →

Les citations viennent du texte que ce site sert : Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848), traduction Laura Lafargue (1897). Chacune mène au passage dans la liseuse.

Où Marx l'établit

Manifeste du parti communiste, partie I, « Bourgeois et prolétaires » : la première phrase, puis la formation du prolétariat en classe. La notion revient dans la partie II, où l’antagonisme des classes explique la conscience sociale de tous les âges et où le pouvoir politique est défini comme le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre.